Résumé de la fête
La Séoudat Yitro, appelée aussi Séoudat Siyoum ou Séoudat Moché, est un repas de fête que l’on fait le jeudi de la semaine où l’on lit la paracha Yitro, de préférence dans la journée. C’est une coutume des Juifs d’Algérie, née semble-t-il à Tlemcen et répandue dans tout le pays, jusqu’à Constantine. Elle s’est aussi installée en Tunisie, plus récemment. Ce n’est pas une fête de la Torah ni des Sages : c’est un minhag, une tradition de communauté, transmise de parents à enfants.
Les coutumes du jour
- Un repas de fête en famille le jeudi dans la journée. Si c’est difficile, on peut le faire le jeudi soir, mais pas le mercredi soir : le jeudi soir est plus proche du Chabbat Yitro.
- On ne dit pas le Ta’hanoun, comme un jour de joie.
- On mange de la volaille, en particulier des coqs. En Tunisie, on mangeait autrefois des pigeons, que les coqs ont remplacés.
- Un gâteau en forme de mont Sinaï, souvent une pièce montée, rappelle la montagne où la Torah fut donnée.
- De petits plats en petites portions, servis en abondance sur la table.
Origine dans l’histoire
La paracha raconte que Yitro, prêtre de Midian et beau-père de Moché, rejoint Israël dans le désert avec la femme et les fils de Moché. Il reconnaît la grandeur de Dieu, et « Aharon et tous les anciens d’Israël vinrent manger le pain avec le beau-père de Moché devant Dieu » (Exode 18:12). La séouda rappelle ce repas de Yitro, qui marque l’entrée de sa famille dans le peuple d’Israël, et surtout le don de la Torah et les Dix Commandements, lus cette semaine-là.
Les descendants de Yitro, les Kénites, ont gardé une place d’honneur dans l’histoire d’Israël, comme on le voit dans les livres des Juges, de Samuel, des Rois et de Jérémie. Selon le Seder ‘Olam Rabba, le grand Tanna Rabbi Yossi ben ‘Halafta descendait de cette famille.
En Algérie, un responsum manuscrit de Rabbi ‘Haïm Bliah de Tlemcen, qui cite les Guéonim, explique pourquoi l’on tient ce repas dans la journée. Le Rav Yossef Nakache rapporte la coutume dans son livre Yechou’ot Yossef.
En Tunisie, la séouda est liée à une épidémie de diphtérie de la fin du XVIIIe siècle, qui prit fin un jeudi. Le Rav Moché Kalfon, dans Brit Kehouna, rapporte que la coutume y était alors nouvelle.
L’enseignement pour aujourd’hui
Yitro avait tout : les honneurs, le sacerdoce de Midian, une vie installée. Il a tout quitté parce qu’il a entendu parler de la sortie d’Égypte et du passage de la mer, et qu’il a voulu s’approcher de la vérité. La Séoudat Yitro nous rappelle que la Torah se reçoit à table aussi, en famille, avec joie. Chaque communauté a gardé sa façon de fêter ce moment, et toutes célèbrent le même don : la Torah, donnée à tout Israël, et ouverte à quiconque, comme Yitro, choisit de la rejoindre.
Lectures de Torah et de haftara
Les passages lus à la synagogue, avec leur début et leur fin.
Chabbat Yitro (le Chabbat qui suit la séouda)
- Torah · Matin
Exode 18:1–20:23
Yitro rejoint Israël, puis le don de la Torah et les Dix Commandements
- Haftara · Matin
Isaïe 6:1–13
Séfarades : la vision du trône divin, « Qadoch, qadoch, qadoch »
- Haftara · Matin
Isaïe 6:1–7:6, 9:5–6
Achkénazes
Pourquoi cette lecture ? La séouda se tient la semaine où l'on lit la paracha Yitro, qui raconte l'arrivée de Yitro chez Moché et le don de la Torah au Sinaï. La haftara est la vision de Yecha'ya, qui voit le trône divin et entend les séraphins proclamer la sainteté de Dieu, comme Israël l'a vécue au Sinaï.